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À Clermont-Ferrand, le vélo doit mettre pied à terre dans cinq secteurs du centre-ville

Piste cyclable, arceaux vélo, Clermont-Ferrand

Depuis le 12 octobre, un arrêté municipal oblige les cyclistes à poser le pied à terre dans plusieurs secteurs du centre-ville de Clermont-Ferrand. La règle s’applique aussi aux vélos électriques, aux trottinettes, aux skateboards et aux hoverboards. Amende encourue : 35 €. La Ville invoque la sécurité des piétons. Le problème, c’est qu’aucun itinéraire de contournement n’est clairement identifié.

Cinq secteurs, tous les jours, 35 euros

Les zones concernées sont Jaude, Saint-Pierre, Saint-Dominique, le centre historique et Saint-Esprit. La mesure s’applique tous les jours de la semaine, sans plages horaires. Elle ne vise pas seulement les vélos musculaires : les vélos à assistance électrique et les engins de mobilité personnelle sont aussi concernés.

La Ville justifie cet arrêté par la forte fréquentation piétonne de ces secteurs, la présence de nombreux commerces et terrasses, et des engins qui circulent parfois « à une vitesse inadaptée », ce qui ferait peser un risque d’accident. Sur le fond, le constat n’est pas absurde. Une zone piétonne bondée n’est pas une piste cyclable, et les trottinettes qui slaloment entre les tables agacent autant qu’elles inquiètent.

Ce que disent les usagers

La mesure ne fait pas l’unanimité. Vélo’Cité 63 reconnaît que certains mauvais comportements viennent bien des cyclistes, mais son président regrette que l’on sanctionne ces comportements « sans valoriser une mobilité facile, non polluante et accessible ». L’association se concerte avec d’autres collectifs et n’exclut pas de saisir le tribunal administratif pour suspendre l’arrêté.

Du côté des piétons, 60 Millions de Piétons 63 soutient le principe du pied à terre, mais déplore que la décision ait été prise sans concertation avec les associations de mobilités actives et celles représentant les personnes en situation de handicap. L’association propose des créneaux horaires et une signalétique indiquant des itinéraires alternatifs.

Le titre de La Montagne résume bien le sentiment de nombreux cyclistes : « Avec un fourgon, je pourrais être là, mais pas à vélo ? » La question n’est pas anecdotique. Elle pointe une incohérence fréquente : on demande aux cyclistes de descendre de vélo, mais on continue d’autoriser des véhicules motorisés à traverser les mêmes espaces pour livrer ou accéder à un parking.

Bordeaux a testé, le Cerema a mesuré

Ce n’est pas la première fois qu’une ville prend ce type d’arrêté. Bordeaux l’a fait en juillet 2024. Bordeaux Métropole a ensuite saisi le Cerema, le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement, pour en mesurer les effets. Dans un rapport de janvier 2025, le Cerema conclut à « une très faible efficacité concrète de la contrainte ». En pratique, la majorité des cyclistes n’obtempèrent pas ou s’adaptent mal, « car la contrainte réglementaire s’oppose à la logique physique du déplacement à vélo ».

Autrement dit : demander le pied à terre sans offrir de chemin praticable ne fait pas disparaître les vélos. Cela les pousse à contourner la règle, à emprunter les trottoirs ou à renoncer au trajet. Aucune de ces issues n’améliore la sécurité des piétons.

Le vrai sujet, c’est l’itinéraire

Une zone piétonne apaisée est une bonne chose. Encore faut-il que le vélo puisse la contourner sans se retrouver sur un boulevard à 50 km/h ou sur un trottoir étroit. C’est là que le bât blesse à Clermont-Ferrand : la mesure dit ce qui est interdit, pas où passer.

Deux pistes simples existent, et elles sont déjà proposées par les associations : des créneaux horaires, pour permettre la traversée aux heures creuses, et une signalétique claire des itinéraires alternatifs. On peut y ajouter un travail sur les livraisons et les accès motorisés, qui sont souvent les premiers à encombrer les zones piétonnes.

Ce qu’il faut retenir

L’arrêté clermontois protège un usage légitime, la marche en centre-ville, mais il le fait par l’interdiction plutôt que par l’aménagement. Le Cerema a déjà documenté les limites de cette approche à Bordeaux. La question n’est donc pas de savoir si les cyclistes doivent ralentir dans une rue pleine de monde — ils le doivent — mais si la Ville leur donne une alternative crédible.

Tant que ce n’est pas le cas, la règle restera difficile à comprendre et encore plus difficile à faire respecter. Et pendant ce temps, le vrai chantier — celui d’un réseau continu qui permette de traverser le centre sans mettre pied à terre — n’avance pas.

Sources

  1. Ouest-France, Si les cyclistes ne respectent pas cette nouvelle règle à Clermont-Ferrand, ils devront payer une amende (15/10/2026)
    https://www.ouest-france.fr/economie/transports/velo/si-les-cyclistes-ne-respectent-pas-cette-nouvelle-regle-a-clermont-ferrand-ils-devront-payer-une-amende-638788f0-c7d6-11f1-a1ba-1367ef44effb
  2. La Montagne, « Avec un fourgon, je pourrais être là, mais pas à vélo ? » Comment les cyclistes vivent le pied à terre à Clermont (16/10/2026)
    https://www.lamontagne.fr/clermont-ferrand-63000/actualites/avec-un-fourgon-je-pourrais-etre-la-mais-pas-a-velo-comment-les-cyclistes-vivent-le-pied-a-terre-a-clermont_15064621/
  3. Radio SCOOP, Clermont-Ferrand : la circulation à vélo interdite dans les zones piétonnes du centre-ville (13/10/2026)
    https://www.radioscoop.com/infos/clermont-ferrand-la-circulation-a-velo-interdite-dans-les-zones-pietonnes-du-centre-ville_365442

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