Le nouveau plan vélo de Paris, présenté le 14 octobre, promet 140 km de pistes supplémentaires et 420 carrefours sécurisés d’ici 2032, pour 200 millions d’euros. Derrière les chiffres, il y a une bascule assez nette : après des années passées à allonger le réseau, la Ville place désormais la sécurité des intersections au centre de son discours. Ce n’est pas un détail de communication. C’est là que se joue l’essentiel des accidents.
Deux cents millions, cent quarante kilomètres
Le budget annoncé est de 200 millions d’euros jusqu’en 2032. Il financera 140 km de pistes cyclables supplémentaires, 220 km de double sens cyclables et 420 carrefours à sécuriser, dont 56 dès 2027. Paris revendique aujourd’hui plus de 1 600 km d’itinéraires cyclables.
Le chiffre a de quoi impressionner, mais il faut le lire correctement. Selon Le Parisien, l’enveloppe et le kilométrage sont comparables à ceux de la mandature précédente. Le plan ne marque donc pas une accélération budgétaire spectaculaire : il prolonge un effort déjà engagé, en changeant de priorité. La Ville parle de « continuité, lisibilité et capacité » des aménagements, trois mots qui disent assez bien ce qui manque encore sur le terrain.
Car un réseau de 1 600 km peut rester pénible à utiliser s’il s’interrompt tous les 300 mètres. Le nouveau plan identifie explicitement les discontinuités à résorber, notamment aux approches de carrefours et lors des changements d’axe. C’est moins vendeur qu’une inauguration, mais c’est souvent là que se gagne un trajet quotidien.
Le carrefour, nouveau front
Les chiffres de la Ville expliquent ce déplacement du regard. En 2024, 1 061 piétons ont été blessés ou tués à Paris, un chiffre en baisse de 43 % depuis 2010. Mais 85 % des piétons tués ou hospitalisés et 64 % des cyclistes tués ou hospitalisés l’ont été dans un accident impliquant un véhicule motorisé. Et 54 % des piétons blessés ou tués l’étaient sur un passage piéton.
Autrement dit : l’essentiel du danger ne se situe pas le long des pistes, mais aux points où elles croisent autre chose. La Ville prévoit donc 420 carrefours supplémentaires entre 2027 et 2032, après 350 déjà traités depuis 2020, dont 87 depuis 2025 et 13 durant l’été 2026. Les comités réunissant la Ville, la préfecture de Police et les associations, mis en place après le meurtre de Paul Varry en octobre 2024, servent à identifier ces points noirs et à suivre les réponses.
Le plan ajoute plusieurs mesures qui ne relèvent pas de la seule géométrie : une brigade consacrée à la lutte contre les violences motorisées, des avertisseurs sonores extérieurs expérimentés sur les bennes de collecte pour réduire les angles morts, et un plaidoyer auprès de l’État pour durcir les règles sur les poids lourds, en s’inspirant de l’expérience londonienne. Il prévoit aussi un jalonnement du réseau cyclable, pour orienter vers les gares, les communes voisines et les grands itinéraires, sans avoir à consulter son téléphone en roulant.
Les premiers chantiers de 2027
Six aménagements sont annoncés pour 2027 : l’avenue Ledru-Rollin (11e), l’avenue du Docteur-Netter (12e), l’avenue Jean-Moulin (14e), le pont de Grenelle (15e et 16e), la rue de Rome (17e) et la partie sud de la rue des Pyrénées (20e). Des études doivent parallèlement préparer les boulevards Beaumarchais, du Temple et des Filles-du-Calvaire, la rue Monge, la rue Ordener, le reste de la rue des Pyrénées et la rue d’Avron.
Sur les grands axes, la Ville devra composer avec la préfecture de Police, qui y exerce des pouvoirs en matière de circulation. Les boulevards de Sébastopol et de Strasbourg, les quais hauts de la rive droite, les boulevards des Italiens, des Capucines et de la Madeleine, le quai Saint-Bernard, l’axe Valhubert-Austerlitz-Hôpital et le boulevard de Magenta figurent parmi les dossiers à débloquer. La place de la Concorde reste également sur la table.
Ce qu’il faut retenir
Le plan vélo parisien 2027-2032 n’est pas une rupture budgétaire : c’est une réorientation. La Ville promet autant de kilomètres que lors de la mandature précédente, mais assume que la sécurité d’un trajet se joue d’abord aux intersections, dans la covisibilité et dans la trajectoire des véhicules motorisés. C’est une lecture juste du problème.
Reste la question du rythme. 56 carrefours sécurisés en 2027, sur 420 prévus en six ans, donnent une idée de la pente. Et plusieurs axes majeurs dépendent d’un accord avec la préfecture de Police. Le plan sera jugé sur deux choses très concrètes : la part des déplacements à vélo, et la disparition des points noirs que les associations signalent depuis des années. Pas sur le nombre de kilomètres annoncés.
Sources
- Ville de Paris, Aménagements et sécurité : le nouveau plan vélo voit toujours plus grand (14/10/2026)
https://www.paris.fr/pages/amenagements-et-securite-le-nouveau-plan-velo-voit-toujours-plus-grand-36815 - Le Parisien, Vélo à Paris : nouvelles pistes, carrefours sécurisés… Emmanuel Grégoire dévoile son plan à 200 millions d’euros (14/10/2026)
https://www.leparisien.fr/info-paris-ile-de-france-oise/transports/paris-emmanuel-gregoire-devoile-son-plan-velo-a-300-millions-deuros-deux-ans-apres-la-mort-de-paul-varry-14-10-2026-G4GAIUSV2JDCRDFJBWEKUHLL2E.php - Le Monde, Un nouveau plan vélo pour Paris, avec un objectif de « zéro mort et zéro blessé grave sur la route » (14/10/2026)
https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/10/14/un-nouveau-plan-velo-pour-paris-avec-un-objectif-de-zero-mort-et-zero-blesse-grave-sur-la-route_6793776_3234.html - Ouest-France, Emmanuel Grégoire détaille son plan pour poursuivre la révolution du vélo à Paris (14/10/2026)
https://www.ouest-france.fr/politique/emmanuel-gregoire/emmanuel-gregoire-detaille-son-plan-pour-poursuivre-la-revolution-du-velo-a-paris-df69e10e-c711-11f1-9522-1f9ae0711c0a

