Trois mois d’expérimentation, un bilan, une décision. La piste cyclable à double sens de l’avenue de la République, à Toulon, est pérennisée. La municipalité l’a annoncé le 22 octobre, en s’appuyant sur les comptages réalisés pendant l’essai.
Le point de départ était pourtant conflictuel. Une voie retirée aux voitures sur un axe structurant, des riverains et des commerçants inquiets, un débat sur le stationnement. Le genre de séquence où l’on finit souvent par reculer discrètement. Cette fois, la Ville a maintenu, chiffres à l’appui.
Ce que disent les comptages
La fréquentation a progressé de 56 % en semaine, de 98 % le week-end et de 115 % aux heures de pointe. En volume, le nombre moyen de vélos par jour, dans les deux sens et hors week-end, est passé de 1 430 en mai à 2 220 en septembre.
La maire, Josée Massi, met en avant les trajets domicile-travail vers l’Arsenal, qui constituent l’un des flux les plus lisibles de la ville. C’est précisément là que se joue l’intérêt d’un aménagement cyclable urbain : pas la balade du dimanche, mais le déplacement contraint, répété, effectué deux fois par jour.
Dans le même temps, environ 5 000 véhicules ont déserté l’axe chaque jour. Trois mille empruntent d’autres voies, les autres se sont possiblement reportés sur d’autres modes. Ce dernier point mérite d’être suivi : un report de circulation sur des rues adjacentes n’est pas neutre, et seule une observation dans la durée permettra de dire si le bilan est globalement positif ou simplement déplacé.
Le compromis retenu
L’aménagement a coûté 500 000 euros. L’avenue conserve trois voies de circulation pour les automobiles, ce qui explique sans doute une partie de l’acceptation politique. Des améliorations sont annoncées sur les arrêts de bus, les enrobés et la place Monsenergue, pour assurer la continuité de l’itinéraire.
Il faut le dire clairement : une piste à double sens maintenue sur un axe à trois voies n’est pas un boulevard cyclable. C’est un arbitrage. Mais c’est un arbitrage assumé, documenté, et réversible dans ses modalités — pas dans son principe.
Le volet trottinettes
La municipalité profite de l’annonce pour publier un arrêté sur les trottinettes électriques et autres engins motorisés : port du casque obligatoire et interdiction de circuler dans les rues piétonnes de l’hyper-centre. Verbalisation dès lundi, sans phase pédagogique, annonce la maire, qui rappelle plusieurs accidents et l’interdiction légale aux moins de 14 ans.
Le sujet est réel. Il touche directement à la cohabitation sur les espaces partagés, et donc à la crédibilité des aménagements cyclables auprès des piétons. Reste une question de méthode : traiter du même geste le vélo, qui vient d’être conforté par les chiffres, et les engins motorisés, qui posent un problème de vitesse et de sécurité, brouille le message. Ce ne sont pas les mêmes usages, ni les mêmes vitesses, ni les mêmes responsabilités.
Ce qu’il faut retenir
Toulon apporte une pièce utile au dossier : une piste cyclable urbaine, contestée à son ouverture, peut être maintenue quand on mesure ses effets. Les chiffres sont nets, la dépense est connue, le compromis sur le nombre de voies est explicite.
La suite se jouera sur trois points : la réalité des améliorations promises, l’évolution du trafic sur les rues voisines, et la capacité de la Ville à faire respecter les règles par tous les usagers — y compris les automobilistes garés sur les pistes, ce que la maire dit vouloir sanctionner avec la même sévérité.
Sources
- L’Essentiel Toulon, Toulon : la piste cyclable reste en place (22/10/2026)
https://www.lessentiel.fr/toulon/notre-ville/2026-10-22/toulon-la-piste-cyclable-reste-en-place-30786 - Ville de Toulon, Les six premiers mois de Josée Massi à la tête de Toulon
https://toulon.fr/actualites/les-six-premiers-mois-de-josee-massi-la-tete-de-toulon

