Un boulevard, une 2×2 voies, et toujours pas de place pour le vélo
C’est une de ces routes dont on parle rarement avant qu’un drame ne la rende visible. Le boulevard Gabriel-Péri, à Rosny-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, est une 2×2 voies saturée par les véhicules qui arrivent de l’A86 et du centre commercial Rosny 2 tout proche. Les cyclistes qui l’empruntent doivent se faire une place au milieu du trafic.
En juin 2026, un cycliste de 66 ans y a perdu la vie. Depuis, le débat sur la sécurisation de cet axe a refait surface. Trois structures — Mieux se déplacer à bicyclette (MDB), RosnyCyclettes et le Collectif Vélo Île-de-France — ont écrit à la municipalité et au Département. Leur constat, relayé par Le Parisien, tient en une formule : il s’agit de « une des routes les plus anxiogènes de Seine-Saint-Denis ».
Ce que ces associations demandent n’a rien d’extravagant : des aménagements sécurisés, et en premier lieu la construction, en urgence, d’une piste cyclable. Elles ne parlent pas d’un confort ou d’un loisir, mais d’une condition de survie pour qui veut simplement circuler à vélo sur un boulevard de ville.
Ce que change une 2×2 voies
Sur une route à double sens de circulation et deux voies par sens, cohabiter à vélo relève de l’équilibre acrobatique. L’automobiliste circule à un rythme urbain soutenu, l’espace de dépassement est rare, et le cycliste dépend d’une vigilance qu’il n’a aucun moyen de négocier. Ce n’est pas une question de courage individuel : c’est un problème de conception de la voirie.
Quand une infrastructure est pensée d’abord pour écouler un flux motorisé — ici, le trafic issu d’un gros échangeur et d’un pôle commercial —, elle finit par exclure de fait tout usager plus lent et plus vulnérable. Le boulevard Gabriel-Péri en est une illustration directe : l’axe fonctionne pour les voitures, et tant pis pour les autres.
Ajouter une piste n’est pourtant pas un luxe. C’est le geste minimal qui rend la route compatible avec l’ensemble de ses usagers, piétons compris. Sur ce genre d’axe, la séparation physique des flux n’est pas un supplément d’âme : c’est la condition pour que le vélo reste une option sans mettre en jeu sa sécurité.
Une promesse, et maintenant un calendrier
La réponse de la municipalité a de quoi laisser place à une prudence mesurée : elle promet de « porter ce dossier avec force », et un projet pourrait être présenté dans les prochaines semaines. C’est un début, pas une solution.
Le vrai sujet est désormais le tempo. Sur les axes dangereux, chaque mois qui passe sans aménagement se traduit en exposition supplémentaire pour les usagers. Les aménagements cyclables d’urgence, quand ils sont bien conçus, permettent justement d’agir vite et à moindre coût avant une refonte plus lourde : marquage clair, séparation, carrefours retravaillés, continuité aux intersections.
Ce qui s’est passé à Rosny n’est pas un incident isolé, c’est un signal. Un boulevard de ville n’a pas à choisir entre écouler le trafic et protéger les plus vulnérables. Le jour où une piste cyclable verra le jour boulevard Gabriel-Péri, elle ne changera pas seulement la vie de quelques cyclistes : elle dira qu’une route peut enfin appartenir à tout le monde.
Sources
- 20 Minutes, Seine-Saint-Denis : Des associations réclament l’aménagement d’urgence d’une piste cyclable
https://www.20minutes.fr/societe/4251473-20261005-seine-saint-denis-associations-reclament-amenagement-urgence-piste-cyclable - Le Parisien, « Une des routes les plus anxiogènes de Seine-Saint-Denis » : après la mort d’un cycliste à Rosny, ils réclament des aménagements
https://www.leparisien.fr/seine-saint-denis-93/une-des-routes-les-plus-anxiogenes-de-seine-saint-denis-apres-la-mort-dun-cycliste-a-rosny-ils-reclament-des-amenagements-05-10-2026-PBASLZ5RCBHXFJSYWY56YLLELY.php

