Un petit linéaire, mais sur un vrai besoin de liaison
À Haguenau, une nouvelle voie verte est en travaux rue de la Ferme Stritten depuis le 20 avril. L’aménagement, porté par la Communauté d’agglomération, représente 690 mètres de liaison pour les piétons et les cyclistes, avec une circulation perturbée jusqu’à la mi-juillet.
Pris isolément, le chiffre peut sembler modeste. Pourtant, ce type de petit tronçon est souvent décisif. Parce qu’en matière de réseau cyclable, ce ne sont pas seulement les kilomètres qui comptent, mais les ruptures qu’on supprime.
Une connexion entre deux axes déjà existants
Le projet doit relier la route de Schirrhein à l’itinéraire aménagé le long de la Moder. Dit autrement, Haguenau ne construit pas une promenade de plus sans lendemain. La collectivité ajoute un morceau de continuité entre des axes déjà là.
C’est ce genre d’intervention qui change réellement l’usage. Un aménagement court peut suffire à éviter un détour, un passage dangereux ou un carrefour décourageant. Dans le cas présent, l’un des enjeux annoncés concerne justement la sécurisation du secteur du giratoire de la RD 29.
Forêt, zones d’activités, commerces : un usage qui peut dépasser le loisir
Autre point intéressant, cette voie verte doit aussi faciliter l’accès à la forêt, aux zones d’activités et aux zones commerciales. Ce mélange d’usages mérite d’être relevé.
Trop souvent, les aménagements cyclables sont pensés soit pour la balade, soit pour la circulation utilitaire, sans vrai lien entre les deux. Ici, le projet semble au contraire assumer une fonction plus large : permettre des déplacements de proximité vers des lieux fréquentés au quotidien, tout en améliorant l’accès à des espaces de respiration.
C’est plutôt une bonne direction. Une infrastructure utile est rarement monofonction.
Un budget mesuré, mais une ambition lisible
Le coût annoncé atteint 560 000 euros, avec des soutiens de l’État, de la Région Grand Est et de la Collectivité européenne d’Alsace. À cette échelle, on n’est pas sur un grand chantier métropolitain. Mais on n’est pas non plus sur un simple marquage opportuniste.
Quand une collectivité investit sur un maillon de raccordement, elle travaille la partie la moins visible et souvent la plus utile d’un réseau : celle qui permet de passer d’une succession de segments à un itinéraire qu’on ose vraiment emprunter.
Le point de vigilance classique : les extrémités
Comme souvent, tout se jouera aux raccordements. Une voie verte de 690 mètres peut devenir un passage très fréquenté si les accès de chaque côté sont clairs, sûrs et confortables. Elle peut aussi rester sous-utilisée si elle débouche mal, si les traversées restent peu lisibles, ou si le giratoire continue de dissuader les usagers les moins à l’aise.
C’est d’ailleurs le paradoxe de ces petits projets : ils sont courts, mais ils supportent une grande part de l’efficacité du réseau.
Ce que ce chantier dit d’une politique cyclable mature
À Haguenau, le sujet n’est pas de savoir si 690 mètres suffisent à transformer une ville. Évidemment non. La bonne question est ailleurs : est-ce qu’on investit sur les bons points de couture du réseau ?
Sur le papier, la réponse est plutôt oui. En connectant deux axes existants et en sécurisant un secteur délicat, la collectivité s’attaque à un endroit où quelques centaines de mètres peuvent vraiment changer l’expérience des usagers.
Et parfois, c’est exactement comme ça qu’un réseau commence à devenir crédible.
