Actualité

Marseille, encore dernière ville cyclable de France

Marseille est-elle une ville cyclable ? La réponse tient en un chiffre. Dans le baromètre vélo de la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB), la cité phocéenne termine à la dernière place des 37 grandes villes françaises, avec une note de 2,29 sur 10, soit la classe G, celle des villes au « climat vélo défavorable ».

Le plus frappant, c’est la réaction des premiers concernés. « Ça vous surprend si je vous dis que Marseille est classée à la dernière place ? », demande France 3 Régions à un cycliste. « Malheureusement non, ça se voit et ça se ressent quand on est à vélo. » Un autre résume : « ce n’est pas hyper adapté, les routes sont assez dangereuses, il faut toujours être sur le qui-vive ».

La région entière traîne : la Provence-Alpes-Côte d’Azur est l’avant-dernière région la plus défavorable au vélo, juste devant la Corse. Sur les 102 communes évaluées en PACA, aucune n’atteint la classe A.

Des kilomètres construits, mais troués et discontinus

Ce n’est pas que rien n’a été fait. Dans le cadre de son plan vélo 2019-2024, la métropole d’Aix-Marseille a construit près de 85 kilomètres d’aménagements, et vise 120 kilomètres à l’horizon 2030, avec environ 2 000 vélos à assistance électrique proposés à la location depuis 2023. Le stationnement et les services sont d’ailleurs les seuls points qui sauvent un peu la note.

Le problème est ailleurs. « On a bien des bouts de pistes cyclables qui se font de temps en temps par-ci par-là, mais elles sont trouées, elles sont discontinues », résume Cyril Pimentel, directeur du Collectif Vélos en Ville, dans le reportage de France 3. Un mètre de piste isolé ne sert à rien s’il faut, à chaque extrémité, se replonger dans le trafic.

L’exemple fait mal : sur le boulevard Charles Livon, la métropole vient d’installer une voie cyclable — mais à la largeur minimale réglementaire pour une seule voie, alors que l’axe en compte deux. Les cyclistes se retrouvent donc au ras de la circulation, dans un aménagement qui existe sur le papier mais pas dans le confort réel.

Autre point noir pointé par le baromètre : le boulevard du Prado, classé troisième boulevard le plus problématique de France, derrière Magenta et Sébastopol à Paris. Des ponts, des parvis de gare et des axes structurants qui restent des culs-de-sac pour un vélo.

Le vrai enjeu : la place, pas la technique

Le débat marseillais n’a rien de mystérieux, et il dépasse largement la ville. « Les aménagements cyclables, pour les faire, il faut les prendre là où il y a de la place. Aujourd’hui, la place est entièrement dévolue à la voiture. Et on voit bien que ça dérange », constate le responsable associatif.

C’est exactement le point où la plupart des villes bloquent : non pas parce que construire une piste serait techniquement impossible, mais parce qu’il faut décider à quoi on retire de l’espace. Marseille en est le cas d’école, avec un réseau routier généreux en apparence mais presque entièrement capté par l’automobile.

Il y a pourtant une dynamique, à sa manière. La population cycliste augmente, comme le montre la hausse de +6 % de participants au baromètre vélo. Selon France 3 Régions (septembre 2026), moins de 5 % des habitants se déplacent à vélo — une part faible, mais qui traduit un intérêt réel, et surtout une demande à confort.

Ce que Marseille dit des autres villes

Marseille concentre tout ce qu’un réseau cyclable ne doit pas être : morcelé, posé sans continuité, pensé comme une décoration pour éviter de toucher à la voirie. Mais elle pointe aussi une vérité valable ailleurs : la qualité compte autant que la quantité, et un aménagement mal calibré peut décourager exactement les publics qu’il devrait convaincre.

La suite se jouera sur des choix simples et exigeants : un linéaire continu, des largeurs qui permettent de rouler sereinement, et une attention particulière aux axes où l’on se rend au quotidien — gares, ponts, grands boulevards. Tant que ces maillons resteront troués, Marseille continuera de perdre des cyclistes à chaque carrefour.

Sources

  1. France 3 Régions – franceinfo, « Un jeu d’équilibriste » : Marseille toujours dernière en matière de vélo en ville, moins de 5 % des habitants sont cyclistes (septembre 2026)
  2. France 3 Régions – franceinfo, « On a des bouts de pistes cyclables trouées et discontinues » : Marseille reste le mauvais élève pour la pratique du vélo
    https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/on-a-des-bouts-de-pistes-cyclables-trouees-et-discontinues-marseille-reste-le-mauvais-eleve-pour-la-pratique-du-velo-3220154.html
  3. La Provence, Baromètre des villes cyclables : Marseille toujours dernière
    https://www.laprovence.com/article/region/4531740234229614/barometre-des-villes-cyclables-marseille-toujours-derniere
  4. actu.fr, Vélo à Marseille. Ce classement met à mal le bilan de Martine Vassal : « Il n’y a rien qui va »
    https://actu.fr/provence-alpes-cote-d-azur/marseille_13055/velo-a-marseille-ce-classement-met-a-mal-le-bilan-de-martine-vassal-il-n-y-a-rien-qui-va_63188419.html

Photo d’illustration générée par IA… dans la réalité, le fin de piste est souvent beaucoup moins bien indiqué 😉