Une bande qui stocke la lumière du jour
À Sophia Antipolis, dans les Alpes-Maritimes, l’une des pistes cyclables s’éclaire désormais la nuit… sans le moindre lampadaire. L’astuce tient dans un revêtement particulier. « C’est une bande photoluminescente qui stocke la lumière la journée et qui la restitue la nuit pendant dix heures », explique Louis Despres, directeur voirie et grands projets à la communauté d’agglomération de Sophia Antipolis, dans le reportage de TF1.
Concrètement, la peinture ressemble à un marquage classique, mais ses pigments captent la lumière du soleil — et plus largement la lumière du jour, ce qui la fait fonctionner même par temps couvert. La nuit venue, elle rend une lueur qui dessine le parcours sans rien éclairer d’autre. Selon Nice-Matin, le dispositif équipe deux kilomètres de piste cyclable entre Valbonne et Biot.
20 000 euros au lieu de 200 000
L’argument n’est pas seulement esthétique, il est économique. La communauté d’agglomération a dépensé 20 000 euros pour équiper les 2,5 kilomètres de piste. Installer des candélabres aurait coûté 200 000 euros, soit dix fois plus, sans parler du coût d’exploitation de l’éclairage.
S’y ajoute un bénéfice environnemental souvent oublié : pas de pollution lumineuse supplémentaire, donc moins de perturbation pour la faune — un point qui compte quand l’itinéraire longe ou traverse des espaces boisés, comme la forêt qui borde une partie de la technopole.
Un enjeu de sécurité très concret
Sur le terrain, la réaction des usagers est simple : « Il y a des jeunes qui travaillent et qui reviennent en trottinette. Et là, c’était tout noir, donc le fait qu’il y ait ces lumières le soir, c’est super ! ». Un père de famille résume la difficulté initiale : « c’était un peu problématique de ne pas avoir d’éclairage ».
Pour une piste cyclable, l’absence d’éclairage n’est pas un détail confort. En hiver, sur un trajet domicile-travail, l’aller comme le retour se font souvent de nuit. Un cycliste ou un utilisateur de trottinette peu visible devient vulnérable au moindre croisement, et la crainte du trajet nocturne décourage exactement les usages utilitaires qu’on cherche à développer.
Un marquage, mais pas une baguette magique
Il faut toutefois rester lucide sur ce que ce dispositif peut et ne peut pas faire. Une bande photoluminescente aide à lire le tracé et rend la piste plus lisible de loin. Elle ne remplace pas toujours un vrai éclairage là où la cohabitation avec le trafic motorisé, les intersections et les passages piétons exigent de voir et d’être vu nettement.
La formule a donc un domaine d’emploi idéal : les portions de voie en site propre, éloignées des carrefours, où le besoin principal est de suivre un itinéraire continu plutôt que d’éclairer une zone. C’est précisément la configuration de beaucoup de pistes en lisière d’agglomération ou en zone d’activité, tôt le matin et tard le soir.
L’expérimentation de Sophia Antipolis mérite d’être suivie, car elle répond à une équation que connaissent bien les collectivités : sécuriser des kilomètres de véloroutes la nuit, sans budget d’éclairage public extensible et sans aggraver la pollution lumineuse. Reste à confirmer la durabilité du revêtement dans le temps, sous la pluie et après plusieurs années d’usage — c’est là que se jouera sa généralisation.
Sources
- TF1 Info, « C’est super ! » : à Sophia Antipolis, la première piste cyclable phosphorescente fait des heureux (10 septembre 2026)
https://www.tf1info.fr/conso/reportage-c-est-super-a-sophia-antipolis-la-premiere-piste-cyclable-phosphorescente-fait-des-heureux-2463473.html - Nice-Matin, Rétroréfléchissante, photoluminescente… Sophia Antipolis expérimente de nouvelles peintures innovantes sur ses routes
https://www.nicematin.com/societe/technologie/retroreflechissante-photoluminescente-sophia-antipolis-experimente-de-nouvelles-peintures-innovantes-sur-ses-routes-10713284 - Département des Alpes-Maritimes, Création de la piste cyclable RD98-Sophia (Valbonne – Biot)
https://www.departement06.fr/projets/creation-de-la-piste-cyclable-rd98-sophia-valbonne-biot

